Le diplodocus — de son nom officiel « engin poseur de travures de voies ferrées » (EPTVF) — est une grue ferroviaire de l’Armée de terre confiée au 5e régiment du génie, basé à Versailles. Il tient son nom de la forme particulière de sa double flèche qui n’est pas sans rappeler la forme caractéristique du cou et de la queue du dinosaure.

À l’origine de cet engin grue sur voie ferrée, hors du commun et unique au monde : la reconstruction du territoire libéré. Au cours de l’année 1944, de nombreux ouvrages d’art, en particulier les ponts voies-ferrées, ont été détruits au cours de la bataille de France ; il s’agissait donc de rétablir définitivement le réseau VF. C’est l’objet du projet EPTVF.

En fait, les études ne démarrent qu’en juin 1949. L’EPTVF est défini de la manière suivante :

  • C’est une grue ferroviaire pouvant soulever autant des poutrelles métalliques que des travures complètes.
  • L’engin doit être fractionnable pour s’inscrire dans les courbes et ouvrages de la SNCF, sans engager le gabarit.
  • Les deux flèches deviennent deux ensembles flèches et contre-flèches, le tout retenu en position travail par de puissants tirants ou vérins, ancrés sur un corps central.
  • En configuration de transport, les deux flèches sont séparées de l’engin et placées sur deux wagons plats.
  • Les flèches doivent pouvoir soulever une masse de 55 tonnes.

Le 9 mars 1951, la section génie du Service Technique de l’Armée donne le feu vert pour la construction du prototype confié à la société Schwartz-Hautmont. Le corps central de l’engin est supporté par quatre boggies, dont deux moteurs. En position de route, il est encadré par le wagon contrepoids et le wagon camarteau qui porte les calages en bois pour stabiliser l’engin en position travail. L’ensemble est complété par deux wagons porte-flèche, livrés en avril 1954.

En position travail, il mesure 70,60 m. L’ensemble flèches peut pivoter latéralement sur un angle de 10 degrés. Les flèches sont mues par des vérins de 200 t, leur longueur est de 22,15 m. Pour les manœuvres, l’engin dispose de 240 m de câble d’un diamètre de 32 mm. Le corps central est équipé de cabines de manœuvre à ses extrémités.

La société Schwartz-Hautmont développe la construction sur plusieurs sites. L’engin est assemblé aux ateliers de la SNCF à Vitry-sur-Seine sous le contrôle de la SNCF. La livraison, prévue en novembre 1953, n’aura lieu qu’en juillet 1957 en raison de la complexité technique de l’engin qui entraine de nombreuses modifications.

Les premiers essais de circulation ont lieu en 1957. En début d’année 1958, une équipe du 5e RG est détachée pour les conduire. La vitesse de 70 km/h est atteinte par sa motorisation propre (moteur Diesel de 6 cylindres) sur le parcours Villeneuve – Montereau (150 km), très sinueux entre Melun et Montereau.

Le prototype est réceptionné le 12 novembre 1958, au terme de douze années. Aucun autre engin ne sera construit sur les 5 initialement prévus. Retiré du service en 2001, il a réalisé 315 chantiers, essentiellement au profit de la SNCF, manipulé 171 150 tonnes de matériel et parcouru 56 308 kilomètres. À la dissolution du 5e RG, le 1er juillet 2010, il est mis en dépôt au Musée du Génie. Classé aux monuments historiques et stationné au Camp des Matelots, ancienne emprise du 5e RG, à Versailles, il est remis en état grâce à l’association du Patrimoine voie-ferrée. Matériel exceptionnel du patrimoine industriel et ferroviaire de la France, il reste la fierté des cadres et militaires du rang ayant servi au 5e RG.

Sources

  • Archives du Musée du Génie
  • Le Diplodocus – L’engin poseur de travure de voie ferrée, un engin mythique des chemins de fer militaires, Henri Ortholan, éditions Eyrolles, 1er septembre 2015